La lectio divina — littéralement la "lecture divine" — est la manière dont l'Église prie avec la Bible depuis les Pères du désert. Ce n'est pas une étude biblique. Ce n'est pas une analyse. Ce n'est même pas une lecture spirituelle. C'est une pratique calme et répétable qui consiste à laisser un seul passage de l'Écriture faire ce pour quoi l'Écriture est faite : conduire l'âme à la prière.
Ce guide explique les quatre étapes traditionnelles, suggère comment commencer ce soir, et plaide pour prier la lectio en latin même si vous n'êtes pas encore à l'aise dans cette langue.
D'où elle vient
La forme que nous connaissons aujourd'hui a été codifiée par le prieur chartreux Guigues II vers 1150, dans une courte lettre intitulée Scala Claustralium, "l'échelle des moines". Guigues a décrit quatre échelons par lesquels l'âme monte de la terre jusqu'à Dieu :
Lectio inquirit, meditatio invenit, oratio postulat, contemplatio degustat.
La lecture cherche ; la méditation trouve ; la prière demande ; la contemplation savoure.
Les échelons portent des noms qui, en latin, expriment tout l'esprit de la pratique. Nous garderons le latin tout au long de cet article, car les mots latins portent des nuances que les traductions diluent.
Les quatre étapes
1. Lectio — la lecture
Choisissez un passage court. Cinq ou dix versets suffisent largement. Commencez par l'Évangile du jour, ou un psaume, ou les lectures de la messe dominicale. Lisez-le lentement, une fois, à voix haute si possible. Puis lisez-le encore. Le but n'est pas de couvrir du terrain. Le but est de recevoir le texte dans votre oreille et votre esprit comme quelque chose de présent, et non comme un matériau à traiter.
Le latin brille ici. Prier la lectio avec la Vulgate — la Bible latine que l'Église utilise depuis saint Jérôme — vous ralentit exactement de la manière dont la pratique a besoin. Vous ne pouvez pas survoler un passage latin comme vous survolez un passage en français. Vous devez lire.
2. Meditatio — la méditation
Demeurez avec le passage. Remarquez le mot ou la phrase qui vous saisit. L'Esprit Saint est dans cette étape. Un mot — misericordia, noli timere, fiat — remontera à la surface et demandera à être regardé. Regardez-le. Retournez-le. Demandez : pourquoi ce mot ? pourquoi aujourd'hui ?
Ce n'est pas un exercice intellectuel. C'est plus proche de la mastication. Les moines médiévaux comparaient la meditatio à la ruminatio — la vache qui rumine. Vous prenez une phrase, vous la goûtez, vous l'avalez, vous la faites remonter, vous la goûtez de nouveau. Faites-le aussi longtemps qu'elle reste vivante.
3. Oratio — la prière
À présent, répondez. Le mot que l'Esprit vous a donné dans la meditatio devient la graine de votre prière. Si le mot était misericordia, demandez la miséricorde. Si c'était fiat, offrez votre fiat. Si c'était noli timere, nommez ce que vous craignez et déposez-le. La prière est brève et personnelle — parfois sans mots. Souvent, l'oratio la plus sincère est une seule phrase latine répétée comme un battement de cœur : Iesu, fili Dei, miserere mei. Iesu, fili Dei, miserere mei.
4. Contemplatio — la contemplation
Et puis : arrêtez. Arrêtez de lire, arrêtez de méditer, arrêtez de prier avec des mots. La contemplatio est le moment que Guigues appelle degustare — savourer. C'est le repos dans la présence de Dieu, comme un enfant repose dans les bras de sa mère. Cela dure parfois une minute, parfois la demi-heure entière. Vous ne le maîtrisez pas. Vous le recevez.
Comment commencer ce soir
- Choisissez un passage — l'Évangile de la messe de demain est parfait.
- Réglez un minuteur sur quinze minutes.
- Lisez le passage à voix haute, lentement. Lisez-le de nouveau.
- Remarquez le mot qui vous saisit. Laissez-vous demeurer avec lui.
- Répondez en prière, avec vos propres mots ou par une brève phrase latine.
- Quand les mots s'épuisent, restez simplement. Laissez Dieu vous regarder.
Voilà tout. Demain soir, recommencez. En deux semaines, vous commencerez à remarquer que la pratique change votre manière de lire tout le reste.
Pourquoi le latin ?
Vous pouvez très bien pratiquer la lectio divina en français. L'Église ne l'exige pas en latin. Mais il y a trois raisons pour lesquelles il vaut la peine d'apprendre à prier la lectio en latin, si vous le pouvez.
La lenteur. Le latin vous oblige à lire à la vitesse de l'attention. Tout le mouvement spirituel de la ruminatio exige que le texte oppose une légère résistance — que vous ne glissiez pas dessus. Le latin le fait pour vous, automatiquement.
La continuité. Quand vous priez Magnificat anima mea Dominum, vous priez exactement les syllabes que les paroles de Notre Dame ont gravées dans l'air de chaque monastère et de chaque cathédrale d'Europe depuis seize cents ans. Ce n'est pas un détail.
La précision. Misericordia n'est pas "miséricorde". Caritas n'est pas "amour". Verbum n'est pas "parole". Chaque terme latin porte des nuances et un poids théologique que les traductions ne peuvent pleinement reproduire. Apprendre le latin, c'est récupérer les mots que l'Église a réellement employés pour penser Dieu.
Et si je ne sais pas le latin ?
Vous n'avez pas besoin de savoir le latin pour commencer la lectio divina. Vous pouvez le faire en français ce soir. Mais si vous souhaitez prier avec la Vulgate — goûter misericordia et fiat dans leur langue originale —, les prières de l'Église sont une entrée naturelle. Elles vous enseignent le vocabulaire de la dévotion : gratia, peccator, ora, Dominus, mater, hora mortis. Une semaine ou deux à prier le Pater Noster, l'Ave Maria et le Salve Regina, et vous saurez assez de latin pour commencer à prier mot à mot un court passage de la Vulgate. C'est la méthode Credo : entrer dans la langue par la prière.
L'échelle est là. Le premier échelon est plus proche que vous ne le pensez.