Si vous avez déjà ouvert un missel latin et buté sur Caeli enarrant gloriam Dei, vous n'êtes pas seul. La plupart des catholiques francophones d'aujourd'hui n'ont jamais entendu le latin prononcé à voix haute à l'autel, et les quelques règles que notre culture conserve — le "Kaesar" des bancs de l'école pour Caesar, le "wenny widdy wikki" pour veni vidi vici — ne sont pas les règles de l'Église.
Ce guide ne traite que de la seule prononciation qui compte pour la prière catholique : le latin ecclésiastique, aussi appelé pronuntiatio italiana, la prononciation italianisante enseignée par le pape saint Pie X pour le chant grégorien et utilisée depuis lors dans le rite romain.
Pourquoi pas la prononciation classique ?
La prononciation du latin classique — celle reconstituée par les philologues du XIXe siècle pour lire Cicéron — est celle qu'on enseigne dans la plupart des classes de latin. Elle est historiquement intéressante et tout à fait correcte pour la littérature de la République. Ce n'est pourtant pas ainsi que la messe est priée. Quand les catholiques se rassemblent pour chanter le Credo ou le Pater noster, ils chantent dans la prononciation que l'Église romaine emploie depuis plus d'un millénaire : un latin évolué, plus doux, profondément musical, très proche de l'italien.
Saint Pie X l'a dit clairement dans Tra le sollecitudini (1903) : l'Église universelle doit chanter son chant "more romano" — à la manière romaine. C'est la prononciation que nous décrivons ci-dessous.
Les cinq voyelles
Les cinq voyelles latines — a, e, i, o, u — se prononcent comme en italien. Elles sont pures et stables ; elles ne glissent pas en diphtongues comme les voyelles anglaises.
- a comme dans "pâte" — ave ("AH-vay"), pax ("pahks")
- e comme dans "été", mais sans glissement final — Deus ("DEH-oos"), credo ("KREH-doh")
- i comme dans "midi" — filius ("FEE-lee-oos"), vita ("VEE-tah")
- o comme dans "porte" — Domine ("DOH-mee-neh"), oremus ("oh-REH-moos")
- u comme dans "tour" — tuum ("TOO-oom"), spiritus ("SPEE-ree-toos")
Les diphtongues
Les combinaisons de deux voyelles ne se comportent pas comme les diphtongues anglaises. Les deux qui comptent le plus :
- ae et oe se prononcent comme un seul e : caelum sonne "CHEH-loom", non "KIE-loom" ; poenitentia sonne "peh-nee-TEN-tsee-ah".
- au forme une seule syllabe, comme le "ow" anglais de "now" — laudamus ("low-DAH-moos").
Les consonnes qui font trébucher
La plupart des consonnes latines se prononcent comme en anglais. Les exceptions sont celles que tout catholique devrait apprendre en premier, car elles reviennent dans presque chaque prière.
- c devant e, i, ae, oe se prononce ch (comme "church" en anglais, "tch") : caelum ("CHEH-loom"), pacem ("PAH-chem"), Cecilia ("cheh-CHEE-lee-ah"). Devant a, o, u, c'est un k dur : cor ("kohr"), credo ("KREH-doh").
- g devant e, i, ae, oe est doux, comme dans "gem" (dj) : gentes ("JEN-tess"), regina ("reh-JEE-nah"). Dur devant a, o, u : gratia ("GRAH-tsee-ah").
- sc devant e, i, ae, oe devient sh (chuintant) : descendit ("deh-SHEN-deet"), suscipe ("SOO-shee-peh").
- gn sonne comme le "gn" français de "agneau" : Agnus ("AH-nyoos"), magna ("MAH-nyah").
- ti suivi d'une voyelle (et précédé de tout sauf s, x, t) se prononce tsee : gratia ("GRAH-tsee-ah"), oratio ("oh-RAH-tsee-oh"), nuntiare ("noon-TSEE-ah-reh").
- h est muet. Toujours : hodie ("OH-dee-eh"), hora ("OH-rah").
- v se prononce comme en français : vita ("VEE-tah"). (En latin classique c'était un "w" — pas ici.)
- x se prononce "ks" : pax ("pahks"), excelsis ("ek-CHEL-sees").
- j apparaît dans les textes anciens là où les éditions modernes impriment i — même son, un "y" glissé : Jesus ("YEH-zoos" ou "YAY-soos"), alleluja ("ah-leh-LOO-yah").
L'accentuation
Les mots latins ne sont presque jamais accentués sur la dernière syllabe. Dans les mots de deux syllabes, l'accent tombe sur la première : DO-mi. Dans les mots plus longs, la règle est la suivante :
- Si l'avant-dernière syllabe (la pénultième) est "lourde" — voyelle longue, diphtongue, ou voyelle suivie de deux consonnes —, l'accent y tombe.
- Sinon, l'accent recule d'une syllabe (l'antépénultième).
Exemples pratiques : Dominus s'accentue DOM-i-nus (antépénultième) ; oremus s'accentue o-RE-mus (pénultième lourde). Une fois que vous aurez entendu quelques centaines de prières latines dites à voix haute — ce que Credo vous offre précisément —, la règle cessera de compter. Votre oreille l'apprendra.
L'erreur la plus fréquente
L'erreur de prononciation la plus fréquente des catholiques anglophones est la même que celle contre laquelle votre professeur d'espagnol vous mettait en garde : tenir les voyelles stables. L'anglais diphtongue tout. Les anglophones disent "no" comme "no-oo", "say" comme "say-ee", "go" comme "go-oo". Le latin ne le fait pas. Dominus n'est pas "DOH-oo-mee-nus". C'est "DOH-mee-noos", avec trois voyelles nettes, d'égale qualité.
Si vous ne corrigez qu'une seule chose, corrigez celle-ci. Votre Pater noster sonnera deux fois plus romain sur-le-champ.
Des règles à la prière
Les règles isolées s'oublient vite. La manière d'apprendre la prononciation du latin catholique est celle qu'ont suivie tous les catholiques depuis seize siècles : prier les prières à voix haute, chaque jour, avec quelqu'un qui les prie correctement. C'est le principe qui anime la méthode Credo et la conception de Credo — chaque prière est enregistrée par un locuteur natif du latin ecclésiastique, ralentie à la première lecture, à rythme naturel à la seconde. Cinq minutes par jour, et en une semaine les règles ci-dessus vous deviendront invisibles. Ce sera simplement votre manière de prier.
Essayez gratuitement avec l' Ave Maria ou le Pater Noster. Lisez le latin, écoutez-le, priez-le en retour. Voilà toute la méthode.